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vendredi 10 août 2012

452 Amis / Rue Chanoine Scarmure.


452 amis

    Le monde actuel, celui dans lequel nous vivons, est interpellant. Jamais au cours de l’histoire les hommes n’ont eu autant de facilité à entrer en contact les uns avec les autres, et paradoxalement, jamais ils n’ont été aussi solitaires. Les gens ont déserté la rue pour se ruer sur leurs machines et s’affaisser face à leurs gadgets.

    J’ai 452 amis sur la toile. Pardon ? Ai-je prononcé le mot « ami » ? Il doit y avoir confusion. Dix pourcent de ces personnes sont américains (nord), tandis que 60 pourcent proviennent du vieux continent. Enfin, vingt pourcent sont sud-américains et 5 pourcent du reste du monde. La technologie me permet d’entrer en communication avec chacun d’entre eux, chaque jour, à l’heure désirée. Il y a encore trente ans, une telle idée aurait été impensable. Alors les conversations profondes et philosophiques volent vers tous les caps, pensez-vous. Vous rêvez, mes chers.
 
    « Facebook est essentiel pour rester en contact ». C’est utile, je ne cracherai pas dans la soupe. Mais si je dois à nouveau utiliser des chiffres pour me justifier, je dirais que 5 pourcent de mes discussions en ligne sont du domaine de l’ « utile », tandis que tout le reste n’est que banalités, commérage et discussions pour ne rien dire.

    Des relations superficielles ?  Je ne le crois pas. Je pense plutôt qu’il s’agit d’une communication superficielle. On a pu observer un phénomène identique lors de l’explosion des téléphones portables, et aujourd’hui des Smartphones. On parle pour ne rien dire. On se ballade dans des rues électroniques, en taguant des mots sur des murs virtuels. Et si on revenait sur le plancher des vaches ?


Rue Chanoine Scarmure

    Les hommes ont déserté ma rue. Ils avaient pour habitude de s’y promener, d’y boire café en terrasse, de venir flirter. Mais ils se sont taillés.

    Comme une gare désaffectée, on fuit mon quartier. Mon cœur est tagué, les commerces sont fermés. C’est le dimanche tous les jours, comme en amour. Et je suis adossé à ma façade comme une prostituée attendant sa paie. Mais rien ne vient. Ma vitrine n’est-elle pas bien achalandée ? La qualité laisse-t-elle à désirer ? Je l’ignore. Et j’attends.

    Il y a quelques temps, je recevais encore la visite d’amis, de la famille. Mais ils sont partis, eux aussi.  Ils ont trouvé moins cher, plus cher. Moi qui les ai toujours poussés à la diversité, quel sale coup de revers.  Ils m’ont délaissé pour ces quartiers huppés où tout est beau, où il fait bon se promener les bras enlacés.

    Ma rue reste ouverte, ma porte est béante, mais pour combien de temps ? Car un jour, moi aussi j’aurai fichu le camp.

vendredi 15 avril 2011

L'incendie.


Je ne suis pas malheureux. Je n’en n’ai pas le droit. Je suis les études dont je rêvais, mes yeux ruissèlent d’images et de voyages. Je suis plus vif que jamais et mes rencontres m’épanouissent dans un monde qui m’est de plus en plus beau, de plus en plus limpide. Je suis pourtant incapable de signer l’armistice intérieur que mon cœur réclame, inapte à éteindre cet incendie.
Les déceptions amoureuses se suivent et se ressemblent. La solitude et le marasme se côtoient au plus profond de moi. Le plaisir passe et me dépasse. Nous sommes si proches, et pourtant cette barrière nous sépare. Je tente de la franchir pour te rejoindre mais tu t’enfuis. Là débute l’incendie. Et j’échoue, une fois de plus. L’échec personnel est bien plus douloureux que toute autre défaite publique. Il est moins humiliant, à moins qu’à mes yeux je me sente rabaissé par tes flammes en flèche. Les souvenirs partis en une épaisse fumée font bien plus mal que les vestiges calcinés. Ils nous disent « crois en toi », mais comment pourrais-je y parvenir si même le plus pur des amours ne croit pas en moi ? Alors saisis ma main, saisis mes mots et fuyons ce brasier.
Mais la situation serait bien trop simple si une amitié n’était pas en jeu. Mise au feu ? Non, nous sommes bien trop forts, bien trop intelligents pour tomber dans ce piège. Mais c’est pour moi comme une dose d’absinthe au dessus de laquelle on ferait bruler un sucre. Il va s’éteindre, ou se répandre sur mon cœur. Je brule déjà d’une amitié qui sera bien plus chaude, bien plus lumineuse que tout rêve d’amour qui sommeille en moi. Cendres de lune, cendres de nous, quoi qu’il advienne, nous en renaitrons, nous nous envolerons, mon ami.