vendredi 19 avril 2013

Cyclo, tourbillon de vies.




Je ne fais pas souvent de promotions pour des artistes sur ce blog, mais de temps à autres, j’aime vous parler de mes coups de cœur musicaux. Si vous me connaissez personnellement, vous êtes probablement au courant de ma relation avec Zazie, une artiste française qui n’a pas hésité à se façonner son propre univers, quitte à être moins couronnée de succès qu’auparavant.

Le mois dernier, c’est avec « Cyclo », son huitième album studio, qu’elle est revenue. Je ne désirais pas me prononcer trop rapidement et vous sortir une critique erronée par l’excitation des premières écoutes, alors voici, avec un mois d’intervalle, mon avis sur ce disque unique en son genre.

La présentation de l’album – livret et pochette -  annoncent directement la couleur : l’album sera sombre et sans chichi. Après les 50 minutes de Cyclo, j’étais un peu déboussolé au départ. L’album semble être un réel voyage initiatique au monde de Zazie, mais aussi au monde que l’on s’est façonné soi-même, car il n’est pas difficile de s’identifier aux textes intelligents et bien tournés de Zazie. Certains passages sont agaçants et auraient pu être enlevés, pour l’harmonie de la pièce, mais au final, cet album est une vraie réussite. Voici mon analyse morceau par morceau :

Les Contraires : je dois rester sincère avec vous, ce premier extrait ne m’a absolument pas convaincu. Je l’ai écouté une fois, j’ai fermé ITunes (Il est loin le temps des cd singles…) et j’ai crié « QUELLE DAUBE ». La voix monocorde, la mélodie simpliste, la montée en puissance qu’on attend et qui n’arrive jamais, le thème des contraires, maintes fois illustré par l’artiste… Tant de déception. Puis j’ai compris. J’ai compris que l’album serait dans ce ton-là, quelque chose de dépouillé, sans grande démonstration musicale, et j’ai accepté. La chanson ne figurera jamais dans mon top Zazie, mais je ne la déteste plus.

Mobile-homme :  Un jeu de mots super original, pas du tout réchauffé de sa chanson « homme sweet homme ». La chanson est pas mal, mais bruyante, oppressante. C’est de l’électro pure, pas un seul instrument de musique. Oppressante car quand j’entends le titre, je me vois sur une autoroute en pleins embouteillages, dispute entre les parents. Le texte est cela dit bien ficelé, et l’ensemble n’est pas si mauvais que cela.

Je ne sais pas : Il s’agit là d’un de mes coups de cœur. C’est la chanson qui vous dit « ça y’est l’album a commencé ».  La musique installe un certaine mélancolie, un certain malaise, après la première seconde. Puis c’est la voix qui vous emporte. La voix d’une femme coincée entre la tristesse, le doute et la rage. La chanson est un mystère, son homme la trompe-t-il ? se fait-elle des idées ? Je ne sais pas. La montée en puissance de la musique est exceptionnelle et fait de cette chanson toute simple un chef d’œuvre.

Mademoiselle : Un peu d’orient en occident. Les influences sont assez évidentes après quelques notes. Un texte sur un thème qu’elle n’avait plus abordé depuis des années : la Femme. Ca n’est pas un sujet qui m’emballe particulièrement, mais la mélodie m’emporte, et tout en restant calme, me donne envie de danser. J’aime le mélange de sons électroniques et de piano.

Cyclo : Chanson centrale de l’album, cyclo parle des changements d’humeur qu’on a tous. Sur l’espace de dix minutes, on peut ressentir 3 sentiments différents, c’est assez fou. Cette chanson le démontre, dans la simplicité de deux notes, puis d’un son rythmé qu’on n’attendait pas. Il est rare que Zazie nous régale avec de longues chansons (plus de 5 minutes), mais qu’est-ce que c’est bon ! Le clip qui accompagne la chanson est également un délice de simplicité et de logique, par rapport aux mots de la chanteuse dans sa chanson.

Tout : Mon no-go. Cette chanson m’insupporte. Tout m’y insupporte : le thème, la musique, sa voix, le rythme. C’est loufoque, mais cette chanson peut me ruiner ma journée si elle est écoutée au mauvais moment. On sait que la consommation c’est nul, que c’est moche d’avoir un IPhone tout ça, tu nous l’as dit dans tes 5675654 derniers singles.  Et cette musique agressive, l’inexistence d’une intro, non je ne tolère pas la chanson.

Si tu viens : Une magnifique chanson de cul, tout en douceur. Je ne me suis rendu compte de la thématique qu’après plusieurs écoutes. Sous ses airs de jolie chanson prude, Zazie nous parle de jouissance d’une si belle manière. La chanson commence très sobrement, et termine avec de nombreuses voix et un rythme qui donne du relief à cette très jolie chanson.

Temps plus vieux : Sous son air de mauvais jeu de mots de niveau bac-à-sable, il s’agit là d’un des plus beaux textes de Zazie. Elle nous parle du temps qui passe, de la mort qui nous guette au coin de la rue. Mais pas dans la tristesse, non, dans le réalisme de la vie, et l’acceptation de l’âge. A nouveau, cette chanson est calme et sombre, sans pour autant valser dans le mélodrame. Un tour de force !

20 ans : LE single de l’album. Je dis « LE », car je doute que d’autres titres ne fassent leur apparition sur les ondes. C’est une chanson très rythmée, une des seules sur la galette. Une production très électro qui donne envie de danser… Mais qui ne rend pourtant pas joyeux. Le titre est empli d’une certaine ambiance qui glace le sang. Cette chanson n’est pas joyeuse. Ca ne s’explique pas. C’est cependant un excellent single, en espérant que les radios le passent.

Vienne la nuit : Une de mes chansons préférées de Cyclo ! Une plage tout à  fait inattendue qui commence par un phrasé parlé, et qui finit en berceuse macabre. La voix écorchée de Zazie, la musique quasiment absente, le rythme inexistant. Cette chanson est un ovni et il mérite sa place sur l’album. Une fois de plus, Zazie nous offre une longue chanson (6 minutes), et ça fait très plaisir !

Où allons-nous : A nouveau, on nous propose une ambiance originale, plongée dans de l’électro pourtant tellement douce, presque thérapeutique ! La chanson parle de la célébrité, et le résultat est très agréable. Six minutes de soins intensifs pour oreille, pour clôturer l’album ! Quoi de mieux ?

En conclusion, ce voyage, cet album, vaut vraiment la peine d’être vécu ! N’hésitez pas à vous procurer le disque car il est beau et fait un bien fou après une journée stressante ! Si vous avez des questions, n’hésitez pas à me contacter. Zazie fera à l’automne une tournée des Zéniths de France et passera également par Forest National le 6 décembre ainsi qu’en Suisse. 

jeudi 18 avril 2013

Le messager.

J'ai entrepris un long voyage, de coeur, de terre, d'air et de mer.

L'idée m'est venue sans crier gare, comme si je m'étais un jour réveillé sur une barque, un étrange commandant m'emmenant faire un tour. Un tour de force, tour du monde, des émotions et des couleurs.

Où allons-nous? Je l'ignore franchement. Mais laissons-nous porter par les vents et marées, chose à laquelle je ne suis pas habitué. J'aime tout planifier. Mais ce périple insouciant est une des plus belles expériences que j'aie pu entamer de mon existence.

Ce commandant fantasmagorique, cet ange venu me guider est un messager. Sans m'annoncer la destinée à destination, ni les escales pour y arriver, il m'emmène. Là où je scintille aux yeux de tous, comme à l'ombre de moi-même, il m'emmène. Des turbulences nous ont secoué, des doutes d'itinéraire nous ont vu nous égarer et des tempêtes ont pu nous emporter, mais que serait une vie sans bras cassé, sans casier?

Mais la route est belle, dégagée, et semble s'offrir à nous d'une manière si naturelle qu'aucune raison ne parviendra à me convaincre de reculer, de renoncer à mon messager. Dieu sait où nous allons accoster: des ports d'été, toundras hivernales ou manoirs hantés. J'en suis déjà excité.

Je l'aime, mon messager, tant qu'il me mène vers des contrées que seul, je n'aurais jamais visitées.

mardi 25 septembre 2012

La solitude à plusieurs.



7 milliards d’êtres humains sur terre. Et tant d’âmes esseulées. Comment cela est-il possible ? Il m’arrive souvent de me sentir comme la personne la plus seule au monde dans les endroits les plus bondés.  Et pourtant je suis un rassembleur. Mais, parfois, c’est la personne qui s’évertue à faire rire les autres qui est la plus triste au fond d’elle-même.

Sur la piste de danse, je transpire, lançant tour à tour des sourires et des épées fatales. Je semble toujours passer le plus beau moment de ma vie, mais la vie nocturne est un théâtre. On sort pour oublier qu’à l’intérieur tout n’est pas parfait. Alors, on boit. D’ailleurs, pourquoi boit-on ? Si tout allait pour le mieux, dans le meilleur des mondes, boirait-on à en être malade ? Je ne le crois pas. On boit pour convoquer la fée verte, on sort pour se sentir moins seul.  Une fois la fête terminée, les lumières débranchées et le podium démonté, la place à mes côtés reste libre. Terriblement libre.

C’est la même chose à l’école. J’aime faire le clown comique. Jamais le triste. J’ai ces grimages permanents sur mes traits. Enfin, semi-permanents, car, une fois rentré chez moi, ces arbres, ce silence, ce froid me rappellent que ma vie ne tient qu’à des éclats de rire feints et quelques sorties libératrices.

Comme une pute enchaine les amants, j’enchaine les gens. Ils sont nombreux à avoir fait partie de ma vie, mais pour la plupart, ça n’a duré qu’un temps. Ce n’est même pas une fatigue de ma part, ni une paresse à rester en contact, j’ai ce besoin de sans cesse renouveler mon environnement, quitte à endosser les reproches et les remords.

Oui, j’ai des amis. Et ils sont en or, je ne le tairai point. Mais il arrive un moment, dans la vie, où vous réaliser que donner l’intégralité de votre énergie et de votre temps à votre travail et vos amis n’est pas une combinaison optimale. Il manque une dimension. Je pourrais être dans un avion, entouré de centaines d’amis et de personnes qui ont tenu une place dans mon cœur, ce siège resterait vide, à mes côtés. Et tant qu’il ne sera occupé, vous me verrez rire pour pleurer, danser pour m’effondrer, fumer pour embrasser et embraser un cœur.


vendredi 7 septembre 2012

S12 EP24.


Comme le temps passe ! Hier, je terminais non sans peine mes études secondaires, et  me voilà désormais en 3ème Bac, à quelques mois de mon Erasmus à Munich. Plus rien ne peut se mettre en travers de ma route désormais. Heureusement ? Malheureusement ? Je ne sais pas trop.

Une grande part de moi veut aller de l’avant. Je refuse de stagner, j’ai parfois d’ailleurs l’impression d’être en retard. Je le semble, si on en regarde mon palmarès universitaire, mais humainement, mon année à l’étranger était exceptionnelle, et je ne regrette rien.  L’Erasmus qui m’attend devrait être une nouvelle expérience humaine bien différente de mon premier séjour à Munich. La première fois, j’étais en petite école privée, dans de petites classes, sans grande responsabilité. Cette fois, le voyage fait partie de mon cursus universitaire. Je ne pense pas que cela sera plus difficile que la première fois, mais probablement différent ! Et je suis très excité malgré ma crainte. J’ai peur de vouloir comparer mes deux séjours, et de tirer un bilan erroné sur le moment.

Mais une seconde part de moi mange de la pizza en écoutant Nirvana, bière à la main, dans ma chambre d’adolescent que je ne suis plus. Ce Tom prévoit les soirées à venir et planche sur les idées-concept. Il veut rester à Soignies. Il veut que ses amis y restent, et que rien ne change jamais. Pourquoi se séparer ? Pourquoi ne peut-on pas conserver ce que l’on a pu créer ? C’est pourtant si beau ! Je ne suis pas le seul à quitter mon milieu, et j’ai vraiment peur de ne plus le retrouver intact. Cela semble narcissique, je sais, mais j’ai le sentiment que les choses ne seront plus jamais comme elles l’étaient l’année dernière. Le cru 2011-2012 était effectivement particulièrement parfait.

J’aime ces deux moi. Ils sont complémentaires. C’est pour cela que j’ai peur de me séparer de l’un d’entre eux. Et si je ne tenais pas la route ? Et si je fonçais dans le mur ? Je me disais tout à l’heure que j’avais l’impression d’être dans le dernier épisode de la dernière saison d’une série. Lorsque les protagonistes se séparent, et que l’on devra attendre une dizaine d’année avant de voir naître un film ou une saison de grand retour.

Mais ne sommes-nous pas justement au point de non-retour ?


Crédits photo : Eric Frey84 on Flickr : http://www.flickr.com/photos/ericfrey/6412197853/ 

mardi 4 septembre 2012

Encore un rendez-vous manqué.


Ce matin, je me suis levé du mauvais pied. Et chez moi, se réveiller de mauvaise humeur, signifie grogner toute la journée. Je ne parviens jamais à pardonner ce qui a dérangé ma matinée. Et je m’en prends toujours aux mauvaises victimes.

Pourquoi étais-je de mauvaise humeur, me demanderez-vous. Car j’avais un rendez-vous.

Un beau jeune homme doué avec les mots, attirant et charmant. Cela fait rêver, hein ? Mais moi non. Je prends toujours peur dans de telles situations. Et s’il ne me trouvait pas intéressant ? Et si je ne savais que dire ? J’ai la phobie du blanc. Et s’il me trouvait moins bien qu’en photo ? Pourquoi lui ai-je envoyé des photos où je parais plus beau, plus mince, plus musclé que je ne le suis vraiment ? Alors entre tous ces doutes, comment pourrais-je passer une bonne journée ?

Il est midi, je dois manger. Mais que manger ? Je n’oserais pas tenter la tartine de fromage, de peur de conserver ce délicieux fumet du terroir dans la bouche. Un sandwich ? Je ferais mieux de prendre quelque chose de léger. Je ne mange pas. Quelle bonne idée !

Ensuite, que porter ? J’adore ce t-shirt, mais il est à laver, ce pull me met en valeur, mais nous sommes en été. Et si je jouais la carte de la simplicité, avec cette chemise unie ? Je vais mettre ce parfum ci. Non, le Kenzo est plus frais. Quoique…. Peut être il aime le sucré Lempicka ? On verra. Est-ce qu’il apprécie les sous-vêtements de marque ou préfère-t-il la neutralité ? Non, on ne va pas baiser, on va juste boire un café. Mais s’il commençait à me draguer ?

Avec tout ça, je tombe trop juste pour mon train. Je cours, au risque de niquer ma coiffure bien bossée et de mettre au défi l’efficacité de mon déo ? Non, je prendrai le suivant, tant pis pour la ponctualité.

Mais j’ai vraiment peur. Ca ne comptera pas pour du beurre, c’est la première impression, ça joue énormément. J’y vais ? J’y vais pas ? Je reste chez moi.

Je sais qu’il m’attend, verre en main. On avait dit le Fontainas à 19 :30. Mais je suis à Soignies. Dans mon pyjama, à manger ce dont je me suis privé toute la journée. Et je n’irai pas: je l'ai dit, je reste chez moi.

Encore un rendez-vous manqué… Je les collectionne depuis des années. Dans  de telles circonstances, pourquoi m’évertuer à vouloir rencontrer ? Je pose lapin après lapin, et je me plains. Je me plains de ne susciter l’intérêt de personne.  Quel culot.

vendredi 10 août 2012

452 Amis / Rue Chanoine Scarmure.


452 amis

    Le monde actuel, celui dans lequel nous vivons, est interpellant. Jamais au cours de l’histoire les hommes n’ont eu autant de facilité à entrer en contact les uns avec les autres, et paradoxalement, jamais ils n’ont été aussi solitaires. Les gens ont déserté la rue pour se ruer sur leurs machines et s’affaisser face à leurs gadgets.

    J’ai 452 amis sur la toile. Pardon ? Ai-je prononcé le mot « ami » ? Il doit y avoir confusion. Dix pourcent de ces personnes sont américains (nord), tandis que 60 pourcent proviennent du vieux continent. Enfin, vingt pourcent sont sud-américains et 5 pourcent du reste du monde. La technologie me permet d’entrer en communication avec chacun d’entre eux, chaque jour, à l’heure désirée. Il y a encore trente ans, une telle idée aurait été impensable. Alors les conversations profondes et philosophiques volent vers tous les caps, pensez-vous. Vous rêvez, mes chers.
 
    « Facebook est essentiel pour rester en contact ». C’est utile, je ne cracherai pas dans la soupe. Mais si je dois à nouveau utiliser des chiffres pour me justifier, je dirais que 5 pourcent de mes discussions en ligne sont du domaine de l’ « utile », tandis que tout le reste n’est que banalités, commérage et discussions pour ne rien dire.

    Des relations superficielles ?  Je ne le crois pas. Je pense plutôt qu’il s’agit d’une communication superficielle. On a pu observer un phénomène identique lors de l’explosion des téléphones portables, et aujourd’hui des Smartphones. On parle pour ne rien dire. On se ballade dans des rues électroniques, en taguant des mots sur des murs virtuels. Et si on revenait sur le plancher des vaches ?


Rue Chanoine Scarmure

    Les hommes ont déserté ma rue. Ils avaient pour habitude de s’y promener, d’y boire café en terrasse, de venir flirter. Mais ils se sont taillés.

    Comme une gare désaffectée, on fuit mon quartier. Mon cœur est tagué, les commerces sont fermés. C’est le dimanche tous les jours, comme en amour. Et je suis adossé à ma façade comme une prostituée attendant sa paie. Mais rien ne vient. Ma vitrine n’est-elle pas bien achalandée ? La qualité laisse-t-elle à désirer ? Je l’ignore. Et j’attends.

    Il y a quelques temps, je recevais encore la visite d’amis, de la famille. Mais ils sont partis, eux aussi.  Ils ont trouvé moins cher, plus cher. Moi qui les ai toujours poussés à la diversité, quel sale coup de revers.  Ils m’ont délaissé pour ces quartiers huppés où tout est beau, où il fait bon se promener les bras enlacés.

    Ma rue reste ouverte, ma porte est béante, mais pour combien de temps ? Car un jour, moi aussi j’aurai fichu le camp.

mercredi 16 mai 2012

Le Crabe.


      Ce soir, je suis pensif. C’est étrange, cela fait quelques temps que je ne parviens pas à trouver le sommeil, mon esprit étant tiraillé entre des questions de société et des problèmes personnels. Je viens de regarder un épisode de Strip-Tease - vous voyez, le magazine qui déshabille la société- où l’on suit les derniers instant d’une personne atteinte du cancer. Je suis ensuite sorti dans le jardin, pour fumer une cigarette fourrée de remords et autres saletés chimiques, tout en contemplant ce ciel dénué de tout nuage. J’aime les constellations, je l’ai déjà écrit, et je le réécrirai surement, mais ces constructions d’astres me font ressentir le vaste de cet univers. Dès que je lève les yeux vers le ciel, je prends conscience de la petitesse de la place que j’occupe dans ce monde. Enfin soit, je m’égare, comme toujours.

      Cet épisode portant sur la mort de cette femme m’a inévitablement évoqué le parcours de ma mère.  Cela fait plus de deux ans maintenant, et je ressens encore le besoin d’en parler. Peut-être ai-je trop tût mes pensées, et retenu mes larmes. Parallèlement, cela fait deux ans que je tiens ce blog, malgré de longues périodes vides. Il me tient à cœur, et je dois le dire, m’a un peu aidé à surmonter l’épreuve à laquelle j’ai été soumis. C’est probablement pour cela que je vous reviens. Je vous reviens toujours en temps de crise personnelle, comme un chat vient au maître lorsqu’il est affamé.

      Le cancer, je n’y avais jamais réfléchi avant d’être touché de près par la maladie. Lorsqu’on a diagnostiqué un cancer à ma mère, j’ai d’ailleurs pris la nouvelle avec une légèreté invraisemblable, probablement ancrée d’un optimisme que rien n’aurait pu entacher. J’étais persuadé qu’elle surmonterait cette étape, qui,  pour moi, n’était qu’une maladie parmi tant d’autres. D’ailleurs dans ma tête, le cancer se guérissait facilement s’il était diagnostiqué rapidement.

      Si j’avais été conscient de la gravité de la nouvelle, beaucoup de choses se seraient déroulées différemment. Peut-être aurais-je pu mieux aider ma mère à traverser la tempête, peut-être aurais-je moins sous-estimé sa douleur, peut-être, enfin, aurais-je été davantage présent lorsqu’elle avait besoin de moi. Paradoxalement, elle n’aurait probablement pas voulu ces comportements. Elle aurait détesté me voir mettre ma vie entre parenthèses pour elle, et les projets que j’ai accomplis malgré sa maladie l’ont, au final, beaucoup aidée à garder le sourire quand rien ne pouvait lui permettre de le faire.

      Car elle a été courageuse. Elle se plaignait très rarement des douleurs, et le peu de fois où elle s’en plaignait, je pensais qu’elle exagérait. J’avais tort. La suite des évènements m’a prouvé à quel point j’étais dans le flou.

      Pourtant, la première année de cancer s’était clôturée sur une bonne note : elle était guérie, tout allait mieux. J’avais donc eu raison de ne pas prendre ce cancer trop au sérieux. C’est ce que je pensais, et un peu moins d’un an plus tard, lorsque l’on a appris que la tumeur était de retour, j’étais nettement moins positif. Cette fois, c’était général. C’était mort. Et je devais partir vivre aux Etats-Unis deux semaines plus tard. Inutile de vous dire que je n’en avais plus envie. Mais je l’ai fait, c’est ce qu’elle voulait. C’est ce qu’il fallait faire. J’ai pris la bonne décision.

      Puis elle est partie, et ce jour là, j’ai perdu une partie de moi. Je n’oublierai jamais ses derniers mots, je n’oublierai jamais les minutes qui ont suivi. Je suis heureux d’avoir pu rentrer pour lui dire au revoir. Je suis heureux d’avoir vu son sourire une dernière fois. Mais je suis triste.

      Je ne sais pas trop pourquoi je vous raconte tout ça. C’est très personnel, et je ne comprends pas cette partie de moi qui veut absolument divulguer cette intimité. Je crois que j’écris cela pour tous ceux qui sont touchés de près comme de loin par le cancer. Si vous lisez cet article, et que vous êtes concernés, sachez que, bien que le cancer ne se guérisse pas, une présence, des mots, des sourires peuvent guérir le cœur. Si vous voyez l’avenir sombrement, soyez là pour la personne. Si vous êtes optimiste, soyez là aussi.