vendredi 1 août 2014

Dans la brume de mes pensées.

Dans la brume de mes pensées, pointillant un paysage boisé de fin d'été, faisant danser la lueur timide de la reine lune trônant fièrement par-delà la cime humide, s'offrit à mes yeux un tableau d'une splendeur exquise. Le trait brouillon, le contraste au flou le plus fou, l'émotion toute suggérée, non pas vulgairement dépeinte dans mes pupilles retroussées, aucun détail ne put me gâcher la vue.

A ce moment précis, un questionnement commença à tapisser mon esprit d'étoffes de doute et de vitraux d'incertitude. Que devais-je donc faire face à une telle scène? M'approcher à pas  prudents en vue de cerner le cœur de l'action, m’immiscer au sein de ce fantasme et frôler du bout de mes phalanges nerveuses la beauté de cette oeuvre? Ou bien contempler de loin mon rêve, conserver la splendeur de mes pensées et fermer les yeux afin de voir plus distinctement dans le noir? Combien de fantasmes ont été brisés après avoir été trop profondément étudiés, réfléchis ou expérimentés? Combien d'hommes splendides se sont-ils révélés être des miroirs aux alouettes une fois le mystère de leur beauté percé? Combien de vies ont-elles été gâchées par une soif de vivre trop insatiable?

Qu'ai-je donc aperçu entre deux troncs de chênes bicentenaires, sous une lune d'hélium, dans le coin de mon esprit, me demanderez-vous?
Votre question demeurera sans réponse pour la complexe et mauvaise raison de ma pudeur. Sachez cependant ceci: les yeux fermés, j'ai résisté et ai prudemment contemplé mon bonheur de loin sans m'en approcher. Figurez-vous que c'est le tableau qui est venu à moi. Les yeux ouverts, je n'imagine plus cette scène de beauté, j'en suis devenu l'acteur.

lundi 7 juillet 2014

Chronophage.

     
J’arrive. Le temps de passer chez moi me changer, nourrir les chats et le chien, et de me laver. Le temps de courir après mon train, longtemps en avance sur son retard. Le temps de moudre le café et de le passer dans le passé. Le temps de vivre vite-fait, et j’arrive.

     La vie semble être devenue une course de voitures. Nous sommes supposés nous frayer un chemin d’entrechats entre les contretemps, les temps morts et les temps d’antenne. Chronométrés depuis notre naissance, de jeunes parents s’inquiètent bien souvent que leur enfant ne parle pas dès sa quatrième semaine de vie. Ensuite vient l’étape de la marche, quel drame si le bout ’chou de la voisine esquisse ses premiers pas alors que votre bambin se tient toujours sur quatre points d’appui. Et bientôt démarre l’engrenage millimétré de l’éducation scolaire. Des programmes à suivre, une échelle à respecter, ne pas dépasser la norme, mais ne pas la louper. Et ce jusqu’à l’offre d’emploi, si la personne a respecté les codes imposés. Sinon, sa vie est un échec. Ensuite il s’agit de travailler plus qu’on ne s’amuse, se fixer des interdits durant son temps libre afin de ne pas perturber les jours de travail acharné et ainsi conserver son boulot précieux. Si bien que lorsqu’une personne est en congés, ses premiers jours sont souvent marqués par un réveil très matinal, tant son organisme est drillé par la cadence du travail. Enfin, une fois la pension atteinte, si aucun cancer ou accident n’a mis fin au temps imparti, nous avons tout le temps de nous amuser et d’accomplir nos rêves. Malheureusement, cette fois, c’est souvent l’énergie et les finances qui font défaut durant cette période de la vie. Le temps, c’est de l’argent.

     Notre société actuelle offre tout son temps à la chronophagie. Les grands de ce monde ne cessent de nous proposer de nouvelles petites merveilles technologiques, de grandes idées et de petits gadgets sensés nous faire gagner du temps. Il en va de même pour les réseaux sociaux nous promettant une connexion aux gens qui comptent sans limite, qui, au fond, ne font que nous hyperconnecter. Il y a peu, après avoir déploré auprès d’une amie résidant à quelques dizaines de kilomètres de chez moi le peu de temps que j’avais à lui consacrer pour une rencontre, j’ai réalisé que les minutes passées sur mon téléphone ou sur Facebook, si elles étaient mises côte à côte pouvaient très vite se transformer en heures que j’aurais pu passer à boire des verres en sa compagnie.

     C’est pourquoi j’ai envie de me déconnecter de ce temps passé face à l’écran, pour revenir au réel, aux vrais moments de beauté, de joie, de souvenirs. Pourquoi partager chaque moment de sa vie ? On ne vit alors notre vie qu’à moitié. Certains me taxeront d’hypocrisie, or, ce discours n’est pas une critique des autres. Je fais partie de cette génération, de cette masse d’hyperconnectés. Mais ce constat m’attriste : nous tendons sans cesse vers le chronophage.


     J’arrive, le temps d’éditer mon statut. Le temps de plier bagages, de fermer la porte et de courir à la gare. D'éviter les perles de pluie et de courir vers toi, et j’arrive. Le temps de vivre ma vie, d'attendre la mort, et de m'ennuyer vite, j'arrive. 

dimanche 29 juin 2014

Beauté fatale.

La mère t’a dit
T’es une jolie fille
Ce que t’as dans le crâne
Importe peu
Arrange les cheveux,
Va te faire refaire les dents
Ton attirail, 
C’est tout ce qui compte

On passe à l’étage supérieur
Remaquille ta douleur
Cette fois je décrocherai la médaille
Sans trébucher


Beauté fatale
Pleins feux sur le pire de tout
La perfection est l’épidémie de notre nation
Beauté fatale
Pleins feux sur le pire de tout
On tente de réparer quelque chose mais nul ne peut réparer ce qu’il ne peut guère voir,
C’est notre âme que l'on devrait soigner. 


Un peu plus blonde
Une poitrine plate
La télévision dit :
« Plus c’est gros mieux c’est »
Saint Barth, 
Sans sucres !
Vogue te dit :
« Plus t’es mince mieux c’est ! »

On monte encore un étage
Démaquille ta douleur
Cette fois, j'aurai la couronne 
Sans trébucher


Beauté fatale
Pleins feux sur le pire de tout
La perfection est l’épidémie de notre nation
Beauté fatale
Pleins feux sur le pire de tout
On tente de réparer quelque chose mais nul ne peut réparer ce qu’il ne peut guère voir,
C’est notre âme dont nous devrions nous occuper. 


Aucun médecin, aucun cachet ne peuvent combattre la douleur
Cette douleur au plus profond lorsque personne ne te libère de ton propre corps
C’est mon âme, mon âme dont tu dois te soucier

Les sourires de plastique et le déni ne te mèneront qu’à l’explosion, lorsque la façade rénovée te laissera dans le noir, à contempler dans un miroir brisé les restes d’un passé glorieux. 

Pluie d'été.

   
 Il pleut au crépuscule de mes pensées. L’air longtemps sec et aride qui s’est engouffré dans mes poumons durant des semaines caniculaires est teinté de larmes tombées du ciel. Hier encore, ce soleil impitoyable, cause de mon malheur me malmenait à bras le corps. Calfeutré dans mon antre à l’atmosphère de sécurité illusoire, j’attendais le retour de la pluie. Je payais cher chaque sortie de ma zone de confort. Je crachais du sang, de la sueur et les coups sur mon petit corps blême me rappelaient chaque jour le prix de mon amour. Averti, j’étais consentant, fasciné par ta lueur et ton aura. J’acceptais l’exposition au danger, en tenue originelle et prenais volontiers les rayons destructeurs sans chercher à les éviter, à m’abriter. Déshydraté, je ne tentais que de me vider davantage de mes ressources. Tu as brûlé à petit feu chaque centimètre de mon cœur disposé en offrande sur l’autel que j’avais dressé en ton honneur. J’aurais pu mourir tant le fanatisme s’était emparé de ma raison.


     Avec le temps, ma peau s’est endurcie, à coups de soleil, de mots et de maux. L’être blafard que j’étais lorsque j’ai connu ce bel astre, désastre, s’est transformé en animal des contrées ensoleillées. Je ne redoutais plus ta colère face à ma vie, que tu semblais prendre pour une provocation. Cependant, j’attendais ton départ pour sortir de ma grotte et rouvrir les yeux sur une contrée tellement plus nette dans la pénombre de la solitude. Aujourd’hui, les perles de pluie salvatrice frappent le sol en rythme, et je danse, heureux comme jamais dans cette poussière de boue. L’odeur de l’air m’est délicieuse, et j’ai sorti le télescope, à la recherche de galaxies encore inconnues. L’air rafraichi, chaleur de mon cœur me suffit amplement. Et tombe la pluie, et tombe ton aura sans cesse dégradée par l’ombre que tu as levée sur mon ignorance. 

jeudi 27 mars 2014

Les yeux clos.

Les yeux clos, la douleur, si aiguë et certes comparable à un bien lourd fardeau semblait lui être délestée. Voilà quelques livres de moins à soulever de ses mains gercées d'un effort surhumain.

Les yeux clos et libérée du carcan céleste, ses jambes soudainement animées d'une liberté perdue depuis des années étaient alors prêtes à l'emmener dans de quelconques directions.

Les yeux clos, le poids du passé semblait s'évaporer dans une gamme subtilement pianotée de ses mains doctes à l'harmonie vitale. Exempte de regrets, de déceptions et autres chimères des jours vécus, elle jouissait de cette légèreté enfin acquise.

Les yeux clos, les romances, nuits d'ivresse amoureuse, d'orages sensuels et les regards enivrés d'une passion légendaire lui réchauffaient le cœur. Le sourire paisible esquissé par ses lèvres bleutées témoignaient de la quiétude de ces soleils de minuit qui autrefois scintillaient sur son sommeil en de somptueux rayons de bonheur.

Les yeux clos, les doutes concernant le lendemain n'étaient guère plus que des poussières de broutilles se laissant choir sur le sol humide. Qu'importait l'avenir d'un monde hostile à une humanité se révélant incapable de briser les chaînes de la morosité morbide?

Les yeux clos, amis et famille de sang comme de cœur en pleurs autour de son petit corps inerte, microbe dans un univers d'une immensité incommensurable, la paix s'emparait de ses pensées si souvent embrumées.

Les yeux clos, elle contemplait plus que jamais son parcours. Ne rien regretter, ne rien saboter, voilà les clés d'un sommeil éclairé les yeux fermés.

dimanche 23 mars 2014

Va-t'en.

Va-t'en. Prends donc ton envol vers de nouveaux horizons.
Et dans ta trajectoire, réfléchis à ta gloire.
Et dans ta traversée, repense au verre brisé.

Va-t'en. Emporte tout ce pourquoi je t'ai aimé et ne reviens pas.
Et dans ton sillage, nos scènes de ménage.
Et dans ton remous, tous tes sales coups.

Va-t'en, je te dis. Disparais de ma vue, de ma vie.
Et dans ton ombre, ce que tu as de plus immonde.
Et dans tes pas, que résonne un fracas.

Va-t'en donc, je ne te retiens pas.
Et dans ses bras, oublie mon embarras.
Et dans votre demeure, combien je me meurs.

Va-t'en, je t'en somme. Ne te retourne pas.
D'un pas assuré, laisse-moi tout ranger.
Hors de ma vue, laisse-moi t'oublier.

Va-t'en, cours-t'en heureux.
Et dans mes sourires, je cesserai de te maudire.
Et quand ma vie sera saine, j'oublierai ma haine.
Et ma confiance réinstaurée, je ne songerai guère plus à ta vie dorée. 
Et ma vie remplie, je volerai loin de notre nid. 

Va-t'en. Oublie-moi.

Va-t'en.

mardi 4 mars 2014

Des héros.

     Ils sont des héros, ils l’ont dans la peau. C’est comme dans le sang, du cerveau aux os. De leurs ailes légères bien que de plomb, ils planent par-dessus la pitoyable plèbe qu’ils surplombent. Ou bien de leur zèle ? Leur or n’a ni carats ni diamants incrustés, mais n’est pas pour autant dénué de prix. Et quel prix ! Après avoir payé de sa dignité, son estime de soi et de sa réalité piquée à vif, que reste-t-il donc ? Des projets, des rêves ? À quoi bon s’il suffit de s’envoyer en l’air pour les frôler du bout des doigts dans un mouvement las et mal contrôlé ?

     Ils sont des héros, anciens prolos. Ils ont touché le gros lot. Se brossant des soucis, s’en shootant de la vie, ils sont libres, si libres. Et pourtant assujettis au semblant de désir pervers qu’il leur reste. Ils s’évertuent à revendiquer leur légèreté, mais même celle-ci pris du plomb dans l’aile. Les bras couverts de bleus, leur tête embrumée toute la journée, ils tentent de se réchauffer le cœur de petits réconforts chimiques, comme magiques, mais arrive un moment où, meurtrie, leur semblant de vie s’évapore, à l’image des substances qu’ils ingurgitent.

     Ils sont des héros, de Christiane à Amy, de Kurt à Philip, tous de beaux héros tombés à l’eau, trop faibles pour nager vers la rive droite. Les poussières de leurs ailes pitoyables se sont envolées, et la poudre dans les yeux ne fait plus. Certains reposent dans un semblant de paix, d’autres s’accrochent encore aujourd’hui davantage à leurs cachets qu’à la vie qui leur a été donnée de vivre.


     
Ils sont des héros mais se sont fait plumer.  N’est-il pas parfois plus opportun de rester au sol et d’attendre l’instant où plus aucun regret ne nous retiendra pour s’élancer vers le paradis?


dimanche 2 mars 2014

Rédemption.

    J’ai toujours considéré que demander pardon était l’une des tâches les plus difficiles à accomplir au monde. Du moins, en ce qui concerne les vrais « pardon ». Si vous saviez le nombre de « désolé » non pensés que j’ai pu prononcer au cours de mon existence… Après avoir fauté, se présenter face à la personne blessée, trompée, arnaquée peut se révéler plus que délicat. Cette crainte d’une colère trop puissante pour essuyer le péché de discorde, ou encore l’appréhension à l’idée que notre culpabilité ne soit pas prise au sérieux me paralysent de tout mon être. Mais outre ce supplice qu’est à mes yeux l’absolution, apparaît une corvée d’une difficulté bien plus prononcée encore : l’accord du pardon.

    Certains pardons sont bien plus simples à octroyer que d’autres. Lorsqu’il ne s’agit que d’une bousculade, un malentendu, ou encore une parole certes blessante, mais prononcée dans un moment d’absence ou de bêtise, lorsqu’il ne s’agit que de broutilles de ces sortes, pardonner ou opter pour le chemin de la colère ne relève pas d’un dilemme cornélien.

    En revanche, en cas de douleur profonde, de cicatrices trop récentes ou trop purulentes, l’épreuve du pardon exerce en nous une action ma foi très curieuse. L’esprit le plus droit et tenant le cap se retrouve pris d’une espèce de pulsion lunatique incontrôlable qui le ronge de part en part. Un temps apaisées, le suivant, piquées à vif, les cordes sensibles se retrouvent étirées entre la compréhension que l’on peut avoir de la situation, et bien au contraire, cette rage que l’on éprouve en réexaminant les images et instants blessants.

    L’envie d’accorder le pardon et la nostalgie du bon vieux temps qu’elle suscite sont parfois très fortes, mais, comme un train attendant le personnel d’aiguillage à l’approche d’un embranchement, cette colère piquante au plus profond de nous ravive des sensations douloureuses telles que des gifles furtives, des chutes au ralenti ou des pincements au cœur qu’aucun pacemaker ne semble pouvoir apaiser.

    C’est alors que le choix s’impose. Ces situations inextricables nous mènent souvent à l’octroi d’un pardon restant blessé tout au fond ou à un rejet torturé de doutes. La vie n’est-elle pas composée d’une chaine infinie de doutes au final ? Dans de nombreux cas, il arrive de se demander si la solution sélectionnée était vraiment la bonne. Le plus important dans de tels cas est de suivre s conscience et de se rapprocher le plus possible de la situation dans laquelle nous nous retrouverons le moins lésés.


   
Une chose est certaine, il est extrêmement ardu de pardonner, car on n’oublie jamais les blessures de guerre, et les cicatrices nous rappellent constamment les douleurs du passé.

samedi 18 janvier 2014

Lessive de nuit.

     Je ne parviens pas à trouver le sommeil ce soir. Voilà maintenant près de quatre heures interminables passées à me tourner, me retourner m’allumer une cigarette, me recoucher, dans un sens, dans l’autre avec oreiller, sans peluche. Rien n’y fait. Qui cherche, trouve ? Laissez-moi rire. Je suis las de compter les moutons.

     Cela fait quelques temps que mon éveil se fait lourd. Je ne peux m’empêcher de ressentir une certaine dose de pitié envers moi-même. Eteindre l’ordinateur à cinq heures, pour me réveiller quelques heures avant la tombée de la nuit… Que suis-je devenu ? Qui suis-je devenu ? L’ombre de moi-même ? L’ombre de ton chien ? L’ombre de la nuit ?

     Jamais encore mon lit ne m’avait semblé aussi inconfortable, et le silence de ma campagne en pleine ville aussi bruyant. Mes démons me hantent, me traversent de part en part, laissant derrière eux un bien étrange frisson. Comme la clope digère une paire de poumons et effrite les bronches, installant son pouvoir de dépendance au plus profond de la boite crânienne, une part de mon âme est agressée chaque soir par ces averses acides de pensées nuisibles. Pourtant, il ne s’agit pas uniquement de sombres murmures. Le sentiment de nostalgie peut-il être qualifié d’obscur ? Qu’en est-il du doute et de l’autoréflexion ?

     Passent entre ma pupille et ma cornée les gens que j’ai aimés, ceux qui m’ont blessé, ceux qui me font me sentir plus vide que le néant, transparent. Transpercent mon cœur ces moments de bonheur impalpable à présent dispersés sur mes nuits passées. Effleure mes cordes sensibles ce Tom que j’ai toujours voulu rester, que je prétends être et qui me nargue depuis l’Eden que j’ai quitté. Coulent le long de mes joues de chaudes larmes, glaçant mon corps au fil des pores. Et cette malle de pensée, me barrant la route du sommeil libérateur. Ces promesses égarées, ces mots que je n’ai jamais pensés, l’intégrité que j’ai laissée de côté, ma légèreté feinte, prostituée… Et l’amour-propre, où est-il resté ? Et les sacrifices que j’étais prêt à semer, me frayant un chemin vers le bien. Être prêt à tout pour parvenir à mes fins, tout cela semble bien loin.


     Je ne ferme plus l’œil de la nuit, car il reste ouvert sur les fragments de ma vie. A quoi bon partir pour ces contrées enchantées que sont supposés être les songes, lorsque l’on a tant de choses à régler, de lions à dompter, de chaines enneigées à déblayer, de linge sale à laver ?  

mardi 29 octobre 2013

Érotique.

Les critiques d’albums sont assez rares sur ce blog, ce qui peut sembler paradoxal, pour ceux qui connaissent ma passion pour la musique et mon besoin d’écouter et d’émettre un avis sur tout type de galette qui me passe entre les mains. Cet article n’est pas une critique à proprement parler, il s’agit plutôt d’un hommage. En ce mois d’octobre, le disque Erotica, de Madonna, soufflait ses 21 bougies, pratiquement mon âge. C’est une des raisons de mon obsession pour cet album : il est un indicateur de l’ambiance de l’époque de ma naissance, de ses tabous, de ses sonorités, de ses thèmes récurrents et de l’avant-gardisme qui le caractérisait.

Véritable hymne de la femme trentenaire libérée et urbaine, les chansons vacillent subtilement entre la frénésie de ces années folles et l’isolement d’une newyorkaise esseulée et ne parvenant plus à suivre son train de vie haletant. Le grésillement offrant au disque son commencement plonge directement dans l’atmosphère sombre des désirs inavoués (et probablement inavouables). « Mon nom est Dita, je serai ta maitresse ce soir ». Dita, l’alias pervertie et fantasmagorique de l’artiste nous parle sadomasochisme, en décrivant ses délires les plus intimes et indécents, avant de nous parler de l’amour et de la fièvre qu’il engendre. Et quel amour ardent ! Sauf qu’on ne joue pas avec une Dita, et dans des titres tels que « Bye Bye Baby » ou « Thief of Hearts », on comprend qu’on a affaire à une femme nue mais aux gants de latex, qui, si elle le désire peut s’offrir, mais n’hésite toutefois pas à donner la fessée, voire un coup de canon pour régler ses comptes.

Mais sous ce masque de cuir aux allures perverses, se cache par moments un brin de femme fragile, à la déroute. Dans « Bad Girl », Dita décrit le chemin du deuil d’une relation terminée. Et le réalisme qui découle des paroles n’est que plus flagrant lorsque l’on se retrouve plongé dans une situation semblable. Alors on danse pour oublier, pour s’oublier, pour rencontrer. Et c’est précisément à ce moment que l’on en vient à regretter le vent de folie et l’esprit de communion de cette époque. Les sonorités fédératrices de « Deeper and Deeper » ne me lasseront probablement jamais. Mais boire, fêter, se défoncer, lassent au final assez vite. Et lorsque les confettis sont dans le sac de l’aspirateur, les projecteurs démontés, et les vêtements rincés de cette odeur de cigare, que reste-t-il ? On se retrouve chez soi, à attendre. Attendre d’oublier l’ex, de rencontrer le futur, d’être satisfait de sa vie. Attendre que son quotidien se secoue afin de miraculeusement nous apporter l’accomplissement de soi. Quelques chansons font état de ce sentiment rongeant.


Les messages contenus dans cet album ne sont pas uniquement les complaintes d’une popstar ennuyée de son train de vie délirant. Ils parlent énormément à tout le monde. Cet opus vous propose de vous assumer, vous et vos fantasmes, de vous protéger face aux agressions qui vous entourent, du sida aux beaux parleurs dont la langue peut certes vous faire rugir de plaisir, mais aussi vous transpercer et vous immobiliser au sol. Il vous prouve que les apparences sont trompeuses, et que l’effervescence apparente que vous pouvez simuler ne comblera pas un vide qui vous ronge de l’intérieur. L’album se clôt avec « Secret Garden » et la mystérieuse ligne «  Somewhere in Fontainebleau lies my secret garden ». Madonna n’a jamais expliqué cette phrase, et il serait au final déconcertant qu’elle le fasse. Cultivez votre jardin secret, une grande part de votre bonheur en dépend. 

vendredi 11 octobre 2013

L'effervescence du cimetière.

Je m’encourus de mon foyer qui ne peut plus m’abriter
De l’homme que je ne parviens pas à conserver à mes côtés
De ma mère qui me hante, bien qu’elle ne soit plus là
De mon esprit troublé, ne m’octroyant jamais de repos
Je fuis le bruit et le silence, l’effervescence de la ville.

Je m’encourus au sommet des arbres, trottinant vers les cieux
Vers le lac, à travers la pluie entremêlant mes cheveux
Pénétrant mes chaussures et ma peau,
Cachant mes larmes, dissimulant mes craintes

Je courus vers la forêt, je courus vers les arbres,
Encore et encore, à la recherche de moi-même

Je frôlai les chapelles et la vieille boite postale rouillée,
Je dépassai les vergers, et la femme qui ne dit jamais bonjour
Arpentant les vallées, je suis allé au cimetière
Et, retenant mon souffle, j’ai pensé à ton décès

Je courus vers le lac, à travers les vallées
Encore et encore, je m’y revois encore
Et je vis les pierres tombales à l’abandon
Une multitude de noms oubliés

J’ai goûté à la pluie, j’ai goûté à mes larmes
J’ai maudit les anges, j’ai goûté à mes peurs

Et le sol s’ouvrit sous mes pieds
Et la terre m’enlaça
Les feuilles recouvrirent mon visage
Les fourmis marchèrent sur mon dos
Le ciel noir s’ouvrit subitement, m’éblouissant

Je courus vers la forêt, je courus vers les arbres
Encore et encore, à la recherche de moi-même
Je traversai les lacs, escaladai les vallées,
Encore et encore, je m’y revois encore

Et je sentis sa chair brûlante
Ses os pourrissants
Sa décomposition

Encore et encore

Je cours encore aujourd’hui


dimanche 22 septembre 2013

A flots.


Des gouttes perlent sur mes joues couleur sanguine
Sont-ce des larmes, sont-ce des perles acides?
Sont elles gorgées de sable du Sahara ou d'une douleur assassine?
Une coupe pleine déborde sur mon esprit vide

Leur fraîcheur divague et fait fausse route
De mon menton barbu, elles tombent dans le vide
Où s'écoulent donc la peine et poids du doute?
Le long de la rigole, sillonnent ces fluides

Mais la tristesse de ce soir d'automne
Profite du terrain libre dans mon corps fragile
Pour s'installer, terrible et monotone
Et à mon cœur, se fixer, immobile

Un sentiment de détresse, insatiable
M'envahit de pore en pore, de tête en cœur
Ne reste de moi, vestige d'homme minable
Qu'un chardon mort de rancoeur

jeudi 19 septembre 2013

Le saule pleureur.

Il allait sans but, tel un nuage baladé par les vents d’est en ouest sans se soucier d’un quelconque itinéraire. L’âme tranquille et le pas léger, il se promenait donc à travers la foule de vies qui l’entouraient. Temple de quiétude dans l’effervescence urbaine, il se laissa emporter par un chemin sinuant entre la ville et ses abords davantage tranquilles. Chaque pas, chaque horizon nouveau le rapprochait un peu plus d’un lieu dont il ignorait encore l’existence, un lieu magique, correspondant comme aucun endroit au monde à l’état d’esprit qu’il reflétait. Peu à peu, les hautes tours dénuées de toute harmonie laissaient place à des champs de roseau et autres chênes dont l’âge impose le respect dans cette société où tout semble éphémère.

Le calme transparaissant de son allure désinvolte n’était pourtant qu’illusion. Sous ses mèches balayées au vent et ses yeux transperçant le paysage, ce garçon bouillonnait de sentiments destructeurs et invincibles. Les dernières nouvelles n’avaient pas été très bonnes, et son esprit commençait à se sentir épuisé d’avoir tant lutté contre ces fatalités. Ses petits poings endoloris et ses hématomes sur le cœur lui rappelaient à chaque instant autant de combats menés, que de défaites attristantes.  Son petit corps, basé mais mou, affaibli, mais encore vaillant, se devait de prendre le relais face à un épuisement à peine maquillé en quiétude.

Ainsi, il allait, et vint un moment où il n’alla plus. Une vision l’interpella. Ce fut d’ailleurs la première chose qu’il remarqua depuis le début de sa ballade, entamée quelques heures auparavant. Sous ses yeux s’offrit un paysage qui lui tint le souffle en haleine l’espace d’un instant. Un lac, siégeant majestueusement au creux d’une vallée de verdure. La pelouse, d’un vert printanier, s’étendait à perte de vue, tandis que le bleu du lac se liait à la grisaille des nuages qu’il reflétait. Un seul arbre apparaissait à quelques centaines de mètres, un saule-pleureur. Il contempla ce somptueux panorama, immobile, durant quelques minutes, puis, soudain entendit une puissante détonation. Les foudres qui avaient quitté son esprit à la vue de ce havre de paix signaient, non sans violence, leur retour. Un retour céleste cette fois. Et quelques secondes plus tard, de lourdes gouttes d’eau commencèrent à se jeter au sol, accompagnées du son et de l’odeur qui leur est caractéristique, lorsqu’un orage perturbe un été trop sec et chaud. Il laissa la pluie le recouvrir de cette sensation délicieuse, mais décida de s’abriter sous cet arbre en mécanique causée par le souffle de la nature.

Alors qu’il s’approchait du saule, celui-ci lui semblait tout à coup animé d’une vie incroyable. Les longues branches pendantes lui inspiraient la chevelure d’un homme agitée par un puissant mouvement. C’est alors que lui vint en tête cette question : « Pourquoi cette pure splendeur a-t-elle été dénommée « saule pleureur » ? Comme les tiges verdoyantes lui chatouillaient le cou, il décida de poser la question à l’arbre. « Saule pleureur, pourquoi es-tu si triste ? Ta chevelure de nature et ton écorce vive et rugueuse ne devraient-elles pas refléter de toi un végétal vigoureux ? Ton tronc, plus long que mon bras et tes innombrables branches ne font-ils pas de toi le roi de ce royaume de verdure ? » Le saule émit une réponse à laquelle le jeune homme ne s’attendait pas. Dans un sursaut d’effroi, il crut entendre, bien qu’il ne soit toujours pas certain que ces paroles ne soient pas issues de son imagination, ce discours : « Jeune homme, vous me semblez bien indiscret avec vos questions à répétition, et votre discours me fait briller d’une éloquence dont je n’ai nullement besoin. Je ne suis point triste. Je ne suis point joyeux. Je ne suis point fâché, ni nostalgique. Si l’on m’a ainsi dénommé, c’est parce que les gouttes de pluie coulent de mes feuilles verticales, telles des larmes parcourant un visage, avant de partir je ne sais ou, en coulant du menton. Je ne suis aucune de ces émotions, je les suis toutes. Je peux prendre votre désespoir, et le filtrer dans mes racines, comme je peux, si vous le voulez bien, partager votre fierté et vos sourires pour que mes bras les plus élevés puissent se couvrir de bourgeons. »

Lorsque la pluie cessa de tomber des cieux, il quitta l’étreinte de l’arbre pour observer ce paysage désormais déchiré par les éclairs s’éloignant peu à peu, et ce soleil resplendissant, offrant à la vallée un air nouveau. Il était maintenant serein et prêt à reprendre le chemin de la ville. Sa colère s’était comme évaporée, ses doutes, mais quels doutes ? Il ne se sentait plus tourmenté. Il alla alors, sans se retourner, de peur de rester prisonnier de la vallée. Il se promit à lui-même qu’à chaque peine de cœur, chaque échec cuisant, ou chaque moment extatique, il rendrait visite à son vieil ami, et c’est précisément ce qu’il fit.


Nous avons tous un saule pleureur autour de nous, même si parfois, nous restons aveugles à ses vertus. Et une clairière, et un orage, et un soleil, ouvrons les yeux, ils sont juste là. 

mercredi 4 septembre 2013

Si tu mets les voiles.

Si tu mets les voiles, en ce jour d’été, tu embarqueras dans ton sillage le soleil planant, les oiseaux s’élançant dans ce ciel estival, lorsque que notre amour était neuf, et nos cœurs élevés. Le jour était jeune, la nuit, longue et la lune immobile au son des oiseaux couche-tard.

Mais si tu restes, je t’offrirai un jour comme aucun ne fut jamais, ni ne sera à nouveau. Nous enfourcherons le soleil, dresserons la pluie, converserons avec les arbres et vénérerons les vents.

Et si tu pars, je comprendrai. Mais laisse-moi un soupçon d’amour pour le porter à mes lèvres sèches.

Si tu mets les voiles, et je sais que tu le feras, je t’implore d’ordonner au monde de cesser de tourner jusqu’à ce que tu te retournes vers moi, si un jour tu le fais. A quoi bon aimer si je ne peux t’enlacer? Permets moi de te dire, avant que tu lèves l’ancre, que j’agoniserai lentement jusqu’à ton prochain signe de la main.

Mais si tu restes, je t’offrirai une nuit comme aucune ne fut jamais, ni ne sera à nouveau. Je naviguerai sur tes lèvres, parcourrai ta peau, parlerai à tes yeux qui me sont si chers.

Et si tu pars, je ne pleurerai pas. Mais laisse-moi une part de ton cœur à contempler, attristé.

Si tu mets les voiles, et je sais que tu dois le faire. Il ne me restera plus rien au monde à idolâtrer. Seul dans une salle vidée, remplie de ce vide, comme ce regard vague sur ton visage blême. J’aurais été l’ombre de ta propre pénombre si cela m’avait permis de rester à tes côtés.


Si tu mets les voiles…

lundi 12 août 2013

Un Munich de perdu.

Un Munich de perdu…
Dix de retrouvés, vous me direz. Et c’est ce que j’ai moi-même cru avant de regagner cette ville qui un jour sembla si magique et belle à mes yeux. Malheureusement, tous les dictons ne sont pas bons à prendre ni à suivre. En prenant la décision pourtant très simple d’ouvrir une nouvelle parenthèse munichoise, je me suis retrouvé face à un miroir dévoilant une vérité bien cruelle.
Munich représente la liberté. Nous avons tous une ville de la liberté. Pour certains, il s’agit de Londres, Paris, San Diego ou Milan. La mienne, c’est Munich. Lorsque je m’y suis rendu à l’occasion de mon année sabbatique, j’ai, et ce pour la première fois dans ma vie, quitté la famille, les amis, les repères. Pourquoi s’infliger un tel défi ? Peut-être par besoin de sonder ma propre vie. Et ce fut une de ces révélations qui changent un homme. La ville est témoin de mes premières folies, excès et bêtises. Et quels moments. Entre cet aspect culturel, qui m’avait été inculqué, mais dont les études secondaires m’avaient détourné, mes sorties inoubliables dont il ne me reste que des bribes pour certaines, et ces diverses expériences personnelles, jamais je ne me suis senti autant changé, en si peu de temps. Tout à coup, je réalisais que je pouvais devenir ce que je voulais. Si je voulais devenir bilingue, j’en avais l’occasion, un grand sorteur, idem, une personne engagée, même topo. Munich 2009 fut pour moi un voyage initiatique, un mode d’emploi de ma vie. Certes, je n’ai pas été capable de déchiffrer tous les chapitres de ce manuel, n’étant pas un parfait germanophone, mais les fondements de mes valeurs les plus chères et de mes aspirations les plus ultimes sont nés dans cette ville.
Or, cette cité de beauté s’est, cette année, révélée n’être qu’une mascarade. Le Munich que j’ai vécu, traversé, piétiné, n’est plus celui qu’il était auparavant. J’ai trouvé la ville sombre, et laide. J’y ai vu une architecture très pauvre, dans sa globalité, quelques bâtiments mis à part. L’ambiance de liberté, et de légèreté que j’étais certain de retrouver, s’est comme évaporée pour laisser place à de la morosité et cette espèce de facilité à se conformer au reste des métropoles. Tout était lourd, ou bien étais-je sourd ? Non, des amis ayant vécu la même expérience que moi n’ont pas non plus revu le Munich de leurs souvenirs. La population y était très froide, même détestable. La nourriture était infâme, la gare de Münchner Freiheit ne respirait plus la liberté, mais le fric et la mocheté. Même l’accent, qui me semblait si charmant, des bavarois, en arrivait à me dégoûter. Chaque soir, je rêvais de ce paradis désormais englouti par la lave d’un volcan d’ennui. Je suis triste et déçu.
Je reviendrai à Munich, en tentant de ne pas comparer, ne pas préférer ou regretter, en étant un étranger. Et là, je vous dirai ce que j’en aurai pensé. Mais aujourd’hui, cette ville n’est plus qu’une partie de mon cœur, faite d’amour, et d’amer. 

lundi 5 août 2013

Une cage ouverte.

La boucle est donc bouclée.

Me voilà pour ainsi dire sorti de ce que certains appellent "le placard", un terme qui ne me correspond cependant pas. Lorsque l'on est séquestré dans un placard, on se retrouve dans l'obscurité fatale, dans des ténèbres dénuées de tout espoir. Certains évoqueront certes les rais de lumière provoqués par ces interstices permettant au meuble de ne pas empester le renfermé, mais cette tendance à broyer du noir, je ne l'ai jamais ressentie, du moins en ce qui concerne mon orientation sexuelle.

Non, le fait de mentir, et de peindre une toile de secrets, de non-dits et de silence en brouhaha m'évoque plutôt l'image d'une cage dont les barreaux de peur et de honte étaient suffisamment espacés pour me permettre de contempler, et même d'effleurer du bout des doigts les merveilles du monde m'entourant et me narguant. Je disposais néanmoins de la clef du cadenas assurant ma captivité, mais, dans un premier temps, je n'avais pas conscience de cette possession miraculeuse. Par la suite, cette fresque de liberté a exercé sur ma personne une espèce d'intimidation fantasmagorique. Je craignais le jugement, le rejet. Toutefois, et tel un papillon de nuit attiré par la lueur du néon, je ressentais cette velléité de scier ces barreaux d'acier me séparant du moi dont je rêvais. Aujourd'hui sorti de ma volière, je réalise à quel point j'avais tort de me méfier de mon entourage et d'avoir imaginé ne serait-ce qu'une seconde un dénouement tragique.

Je me sens désormais libre, mais cette sensation d'avoir perdu des années de vie, à mentir et à cacher qui je suis persiste et laisse un goût amer en bouche.


jeudi 1 août 2013

Les échecs.

Échouer fièrement ou pitoyablement, cela reste un échec. Cela reste pathétique et une certaine mort en soi.

C'est comme quand tu te sens comme une merde gisant au sol sous un jour de pluie. Et que tu es piétiné par un passant, maudit par tous ces gens. C'est Exactement ce que je ressens.

Les échecs sont un processus de dégradation (volontaire, parfois) de la vie. C'est un oui au non. C'est un "non, c'est non". C'est un "casse-toi" pauvre con.

Vivre un échec, c'est être? Nous ne sommes qu'échecs. Les uns brillent pathétiquement de leurs incapacités tandis que d'autres marinent dans la nuit, dans la mouise, attendant un nouveau tournant, espérant, riant, mais pleurant intérieurement...

Ah... les illusions... Il n'y a que ça de bon. Je l'attends toujours mon tournant à la con. Je pleure pour qu'il tourne, cet enfoiré. Ma vie est foirée. C'est une fête qui déraille, un rouleau qui s'étale, un arrêt cardiaque en ambulance.
Tellement. Le monde s'en balance de tes souffrances, de tes errances, de ta vie rance.
Un vinyl rayé, des pompes bousillées, un slip déchiré.

C'est alors un grand cru de vitriol qui s'annonce, un saut de l'ange du balcon ou une dégustation d'aspirines. Et C'est là l'aspect encore plus pervers de l'échec. C'est que l'échec entraîne l'échec.



L'oubli.

Ma crainte la plus aiguë, dans la vie que je mène tant bien que mal, est la peur de l’oubli. Tomber dans l’indifférence, dans l’absence de souvenirs bons, beaux comme mauvais et tristes semble à mes yeux être la pire punition que le destin puisse m’octroyer.

Pour cette raison, je me déchaîne à rompre les chaines qui me retiennent dans le noir, dans l’infâme quotidien de l’abandon. Mais cette lutte intense et ardue n’est pas toujours couronnée de succès. Si l’on peut dire, bien que cette idée soit fort peu souvent envisageable lorsque l’on se baigne dans un marais de soucis, que l’on oubliera les gens qui nous blessent, les moments de stress, mais pas les nuits d’ivresse – et par « ivresse », je ne fais pas référence à ces moments éthyliques qui nous permettent parfois de garder l’équilibre sur ce chemin de pilotis, mais à ces moments d’amour ardent - cette peur viscérale ne me quitte jamais complètement. Lorsqu’une relation touche à sa fin, elle revient en force, alors que durant les instants de bonheur intense, elle n’était que latente.

Pourtant, et étrangement,  à l’inverse de peurs telles que l’arachnophobie ou l’agoraphobie, je ne fuis pas devant cette inquiétude. Je ne la hais point. Et je ne voudrais pas oublier mon anxiété face à l’oubli. La crainte d’être délaissé et oublié peut être un moteur dans la vie, me propulsant  à travers les étapes de l’existence, en vue de laisser sur cette terre une pierre portant mon nom, des sourires m’étant destinés, des larmes à mon égard.

Car après tout, l’oubli, c’est la fin, c’est la mort. Comme un vieillard perd la tête et oublie sa liste de commissions ou le nom de ses petits-enfants. Je ne veux pas oublier que l’on pourrait m’oublier. Et je n’oublierai rien, du moins pas avant d’être emporté doucement vers l’au-delà.


Au final, si l’on m’oublie, le tort se portera sur la mémoire défaillante de la personne, ou sur son aveuglement. Mais moi, je ne vous oublierai pas. 

mardi 30 juillet 2013

Le voleur de baisers.


Il vole des baisers comme on vole des bonbons,
Dans son vent de liberté, personne n'ose lui dire non.
L'excitation d'une langue étrangère ne l'effraie guère,
Du moins lorsqu'il ne s'agit que d'une envolée passagère.

Il vole des baisers à des garçons fragiles,
Si frêles et bêtes, rien de plus facile.
Mais la passion ne doit durer qu'un instant,
Sans quoi, et il ignore pourquoi, une marée d'ennui le prend.

Il vole des baisers parfumés à la candeur,
Parfois au fric, à l'alcool ou à la peur.
Sous son air de Robin des Bois ou d'Arsène Lupin,
Il n'a que peu faire du gamin le lendemain.

Il vole des baisers en tendant des pièges,
Des miroirs aux alouettes dans des contrées couvertes de neige.
L'éclat dans les yeux y est d'autant plus pur
Mais il ne voit l'étincelle qu'une fois, c'est chose sûre.

Il vole des baisers par peur du froid et de la solitude
Il emmène son pigeon en haute altitude,
Puis le laisse choir, et se planter au sol, tête la première.
Déjà occupé sur un autre idiot, il n'entend pas les prières.

Il vole des baisers, et en volera encore longtemps
Les incendies qu'il provoque ne l'arrêtent pas pour autant
Roi des cendres, clochard des amours flamboyants
Le voleur se lave les mains de tout ce sang

Il vole des baisers, mais un jour viendra,
où de lui, plus personne ne voudra
A force d'embrasser des garçons peu débonnaires,
On joue, mais les tricheurs finissent toujours solitaires.

mardi 23 juillet 2013

L'autre.

Je m'évertue à bâtir un empire, pour le meilleur, pas pour le pire, de marbre rose et de dorures bien orné.
Mais l'autre est là.

Je tente de travailler au sein d'une collaboration trop belle pour être véritable, faite de beauté et d'insouciance, de jours de gloire, et de nuits blanches.
Mais l'autre est là.

Je scrute un ciel d'étoffe étoilé parsemé d'incandescents soleils, tel mon coeur brûlant pour ce garçon, lui voit un plafond sombre et triste, le tenant prisonnier d'un jeu dont il a oublié les règles.
Car l'autre est là.

Je rêve d'images, de voyages, de contrées à explorer, en la compagnie d'un être exquis, partageant lui aussi ce songe, dont je ne fais néanmoins pas partie.
Car l'autre est là.

Autrefois inspiré par une douce brise de sentiments pourtant sauvages, je le suis d'autant plus aujourd'hui, dans ce naufrage.
Oui, l'autre est là.

Hier au singulier, aujourd'hui au pluriel, victimes d'un passé composé de faussetés et de mensonges cruels, je n'aperçois plus de futur simple en vue, juste une survie conditionnelle.
Oui, l'autre est là.

Je pique, je brûle et j’égratigne, la peau, le coeur et le cerveau de celui qui m'avait calmé le dard, on dit que ça revient tôt ou tard.
Lorsqu'un autre est là.

Je deviens invisible, je sombre dans un océan de doutes, une marée d'une violence inouïe et un typhon de douleur: qu'importent les peines de coeur?
Lorsqu'un autre est là.

Et bientôt je ne serai plus là, las de vivre un chemin de croix, de bannière contre les agressions que m'imposent cette leçon, de me haïr autant que ces garçons.
L'autre sera-t-il là?

Et lorsque toi tu t'en iras, rejoindre mon monde où tout est plat, où la vie n'est qu'un vague souvenir de jours heureux à penser à l'avenir.

L'autre sera-t-il là?